Il y a 8 mois, madame Gisèle, une femme de peu de mots, m’appelait pour me demander de vendre sa maison. Je sentais une grande détresse dans sa voix à l’autre bout du fil.

Je suis allé la rencontrer chez elle, à 50 km de Sherbrooke. C’est là qu’elle m’a expliqué ce qui lui arrivait. Son époux, qui a à peine quelques années de plus que moi, venait d’être placé au CHSLD du village. La maladie d’Alzheimer  l’avait foudroyé. Il ne reconnaissait  déjà plus la femme qui partageait sa vie depuis 40 ans.

« Je n’ai jamais conduit de voiture de ma vie et c’est lui qui s’occupait de tout ici. Je n’ai pas le choix : il faut vendre. Et le plus rapidement possible s’il vous plaît.  Je veux aller vivre en appartement proche du CHSLD pour m’occuper de lui», m’avait-t-elle alors expliqué en pleurant.

À chaque jour, madame Gisèle quittait sa maison à pieds et parcourait plusieurs kilomètres, beau temps mauvais temps, pour aller prendre soin de l’homme qu’elle aime et qui se rappelait occasionnellement qui elle était.  Elle me parlait souvent de ces rares moments qui lui faisaient tellement plaisir.

Lorsque madame Gisèle m’a appelé pour me confier la vente de sa propriété, il devait bien y avoir  une trentaine de maisons en vente dans cette petite municipalité que les jeunes désertent les uns après les autres pour venir s’établir dans la grand ville et y trouver l’emploi qu’ils ne peuvent espérer obtenir là où ils ont grandi. C’était un bien grand défi que de vendre cette maison et j’avoue avoir entretenu quelques doutes sur mes chances de succès.

Hier, j’étais donc le gars le plus heureux d’aller finalement ajouter un écriteau VENDU devant la maison de madame Gisèle.  Elle avait les yeux dans l’eau, mais pour la première fois depuis que je la connais je l’ai vu sourire. Un vrai beau sourire, sincère, qui m’a beaucoup touché.

« Vous savez quoi, M. Goupil ? En fin de semaine, j’ai trouvé un grand 3 ½ dans l’immeuble juste en face du CHSLD. C’est merveilleux!  Ils me l’ont réservé pour quelques jours. Je n’aurai qu’à traverser la rue pour aller prendre soin de mon mari», m’a-t-elle lancé.

Vous pouvez maintenant signer un bail, madame Gisèle. Votre maison est bel et bien vendue. Et je suis très heureux pour vous.

Cette vente aura été peut-être été l’une des moins payantes de l’année pour le courtier que je suis, mais en revanche elle aura été la plus gratifiante. Je fais de l’immeuble pour l’humain d’abord. Pour les maisons ensuite.

 

 

 

Par Mario Goupil